Le 11 juin 2025, la cour administrative d’appel de Lyon a annulé l’autorisation environnementale délivrée en 2021 pour le parc éolien de Gipcy, un projet porté par la société allemande RWE. Cette décision marque une première dans le département de l’Allier : c’est la première fois qu’une autorisation pour un projet éolien est annulée par la justice.

Un projet autorisé, confirmé, puis désavoué par la plus haute juridiction

Ce projet, qui prévoyait l’implantation de cinq éoliennes industrielles en plein cœur du bocage bourbonnais, a suscité une opposition dès le départ en 2017. En 2021, l’association Noyant-Air, aux côtés de plusieurs riverains, a déposé un recours contre l’arrêté préfectoral autorisant l’installation du parc.

En avril 2023, première déception pour les opposants : la cour administrative d’appel de Lyon rejette leur demande, validant le projet. Mais le Conseil d’État, saisi à son tour, annule cette décision en décembre 2024, estimant que la cour avait mal apprécié les enjeux écologiques du dossier. Il renvoie alors l’affaire devant la même cour pour un nouvel examen.

C’est dans ce second examen, au printemps 2025, que la cour reconnaît enfin l’illégalité de l’autorisation, donnant raison aux opposants après quatre années de lutte administrative.

Un danger avéré pour la cigogne noire

Le cœur de la décision repose sur un constat accablant : la présence avérée de plusieurs nids de cigognes noires, une espèce classée « en danger critique » au niveau national, à proximité immédiate du site d’implantation des éoliennes.

Les juges estiment que les risques de collision, de dérangement et de fragmentation de l’habitat sont avérés, et qu’aucune mesure proposée par le promoteur ne permet de les réduire à un niveau acceptable. Aucune dérogation « espèces protégées » n’ayant été demandée, l’autorisation est donc frappée d’illégalité.

Une mobilisation citoyenne payante

Ce jugement est une grande victoire pour les opposants au projet, qui n’ont cessé d’alerter depuis des années sur les failles du dossier, l’insuffisance des études d’impact, l’absence de réelle concertation locale et les atteintes irréversibles aux paysages du bocage. Grâce à leur ténacité, et au soutien d’experts, les preuves scientifiques ont pu être réunies et prises en compte par la justice.

La cour a également condamné l’État à verser 2 000 euros à l’association Noyant-Air au titre des frais de justice, écartant les demandes de la société exploitante.

Une victoire fondée sur la solidarité associative

Ce succès n’aurait pas été possible sans une coopération exemplaire entre associations locales. En effet les éléments décisifs sont issus des cartes avifaune que l’on trouve dans le dossier de Bransat 2 dont l’enquête publique s’est déroulée en 2024. Ils mettent en évidence des nids se situant à moins de 5 kilomètres de la zone d’implantation du projet de Gipcy.

Ce travail de terrain, de relecture des dossiers et d’échange entre associations s’est avéré déterminant dans la démonstration du danger écologique du projet de Gipcy.

Un front uni contre une industrialisation imposée

En parallèle du recours porté par Noyant-Air, un deuxième recours a été introduit en 2021 par la région Auvergne-Rhône-Alpes et les communes de Meillers et Saint-Hilaire, traduisant une opposition forte, à la fois citoyenne et institutionnelle, à ce projet.

Cette convergence d’acteurs – citoyens, collectivités, experts naturalistes – montre que les projets industriels qui méprisent la biodiversité et les habitants ne passent plus inaperçus ni impunis.

Une jurisprudence précieuse pour les combats à venir

Cette annulation crée une jurisprudence locale puissante, en rappelant que la protection de la biodiversité, des paysages et du cadre de vie ne peut être contournée sous prétexte de transition énergétique. Elle renforce les collectifs engagés dans d’autres recours en cours dans l’Allier et au-delà.

⚖️ Et maintenant ? Un possible recours en cassation

Il convient toutefois de rappeler que le promoteur RWE dispose encore d’un ultime levier : elle peut déposer un pourvoi en cassation devant le Conseil d’État dans un délai de deux mois. Ce recours, s’il est engagé, ne suspend pas automatiquement la décision d’annulation, mais peut relancer une procédure à long terme. Allier Citoyens restera vigilant et suivra de près toute tentative de relance du projet par voie judiciaire.

Allier Citoyens : un appel à l’unité et à la vigilance

Allier Citoyens salue cette victoire obtenue de haute lutte et rappelle que c’est par l’action collective, l’échange d’informations et la rigueur juridique que de tels résultats sont possibles.

Nous appelons tous les collectifs, élus, citoyens et associations du département à poursuivre ce travail de veille, de coordination et de résistance face aux projets qui mettent en péril notre patrimoine naturel et humain.


La justice annule l’autorisation du parc éolien de Gipcy

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