Un dossier sans précédent

Une deuxième enquête publique concernant le parc éolien de Bransat a commencé le 3 juin. On se souvient que la mobilisation lors de la première en 2021 avait été très importante : plus de 1 300 observations recueillies par la commission d’enquête pour le premier projet éolien de Bransat. Une très forte mobilisation qui avait impressionné. La préfecture avait pris acte de tous ces points et finalement refusé ce projet, refus qui a été confirmé par la Cour Administrative d’Appel (CAA) de Lyon en 2023.

Mais c’était sans compter sur l’acharnement du promoteur allemand Abo Wind qui déposait en décembre 2022 un nouveau projet, sans attendre la décision des magistrats de la CAA de Lyon, au même endroit que le précédent. Cette façon de procéder est tout à fait unique et est révélatrice d’un mépris des riverains, de l’environnement et de nos institutions qui se sont déjà clairement exprimées.

Ce projet modifié n’est pas plus acceptable que le précédent. Certes deux machines ont été retirées et la hauteur des quatre restantes a été ramenée à 200 mètres (tour Montparnasse : 209m) au lieu de 240m initialement. Mais l’impact aussi bien environnemental que paysager est toujours inacceptable.

Un impact démesuré

L’association Cesset Nature & Patrimoine qui lutte contre ce projet depuis 2016 rappelle que ce projet n’est pas adapté à notre paysage de bocage à la biodiversité très riche et aux paysages préservés. Nous avons la chance d’avoir de très nombreux monuments historiques classés ou inscrits. Ils seront directement impactés avec ce parc en covisibilité. La richesse de notre beau département réside dans ses paysages, son histoire, son vignoble, son patrimoine.

« L’Allier grâce à ses patrimoines préservés (nature, histoire, climat, bâti, bien être, etc.), a des atouts inexploités. Nous avons vu combien notre territoire était attractif durant la crise du Covid. Les élus territoriaux en sont convaincus et mettent en œuvre des plans d’attractivité ambitieux alors qu’en même temps arrivent, d’en-haut, des projets éoliens, conçus par des promoteurs hors sols, ignorant nos patrimoines et hypothéquant ces initiatives ».

Xavier de Froment – Délégué de l’association Demeure Historique.

Si la commune de Bransat profite de cette manne financière, les communes aux alentours en subiront les nuisances, tant visuelles que sonores ou environnementales, et ce sans la moindre contrepartie.

La partie écologique de ce projet est également très discutable. L’Autorité Environnementale régionale (MRAe) a souligné ce point dans son avis rendu début 2024. Elle indique que la méthode de calcul des économies de CO2 attendues par ce projet est erronée. Par ailleurs le calcul ne prend pas en compte l’intermittence de l’éolien qui doit être complémenté lors des périodes sans vent, le plus souvent par des centrales thermiques au gaz comme celle de Bayet qui, rappelons-le, dégage de grandes quantités de gaz à effet de serre qui sont néfastes pour la planète.

Laisser se mettre en place le projet de Bransat ouvrira la porte à tous les autres projets sur le secteur (Le Theil Deux-Chaises, Treban, Blomard, Gipcy…) en effet le même biotope et le même paysage les concernent. L’implantation d’un projet venant altérer définitivement le paysage, pourrait entrouvrir la porte pour la multiplication anarchique des parcs à proximité. Nos députés et sénateurs ont bien compris l’enjeu et s’inquiètent du développement anarchique des éoliennes dans l’Allier.

Une opposition massive

Le président de la région Auvergne-Rhône Alpes, Laurent Wauquiez a annoncé en mars 2024 son désengagement de tout projet éolien. Présentant un investissement de 12 millions d’euros de sa collectivité en faveur de toutes les énergies renouvelables sauf l’éolien.

« Je ne veux pas d’éolien. C’est un contresens écologique dans une région comme la nôtre avec un impact sur les paysages et la biodiversité. Sans compter l’artificialisation des sols par le béton qu’elles induisent »

LAURENT WAUQUIEZ – PRÉSIDENT DE LA RÉGION AURA

Le président du conseil départemental de l’Allier a fait voter un moratoire sur le sujet car inquiet de l’avenir touristique du département.

« On veut préserver nos paysages. On a un certain nombre d’atouts extrêmement qualitatifs, de patrimoine naturel, de patrimoine paysager et de patrimoine bâti historique. Ce qu’on ne veut pas, c’est que le développement anarchique d’éoliennes industrielles vienne dénaturer ce qui fait aujourd’hui la valeur ajoutée du cadre de vie bourbonnais. »

Claude Riboulet – Président du Conseil Départemental de l’Allier

De nombreuses communes voisines considèrent que ce projet ayant été refusé une première fois, il n’y a aucune raison d’y revenir.

« Le nouveau projet éolien de Bransat est une véritable provocation. Dans le premier projet de parc éolien de Bransat, les trois commissaires enquêteurs avaient à l’unanimité donné un avis défavorable. Le préfet Treffel avait, lui aussi, refusé cette implantation contestée par de nombreux élus et habitants. Le promoteur Abo Wind avait même perdu son recours devant la cour d’appel de Lyon. C’est un véritable déni de démocratie que d’oser représenter un projet dont les nuisances visuelles, sonores et environnementales seront toutes aussi funestes »

ELIANE MÉZIÈRE – MAIRE DE CESSET

Des vignerons du Saint-Pourcinois partagent également ces craintes :

« Implanter des éoliennes géantes au cœur du vignoble de Saint Pourcain serait une erreur. Cela ne peut que nuire à l’image de ce dernier et freiner le développement de l’oenotourisme. »

Fabien Malavaud – Vigneron à Saulcet

Des éleveurs nous ont fait part de leurs inquiétudes pour leur activité et ce au vu des nuisances sanitaires.

« Qui pourrait décemment vivre à 600 mètres d’un aérogénérateur de 200 m de haut avec un rotor de 150m lancé à 300 kilomètres/heure. Personne ! Nos vies seront détruites si ce projet abouti. »

MM. Tréhet – Éleveurs ovins à Cesset.

« Qui me confira des chevaux avec des éoliennes parmi les plus grandes qui soient devant mon lieu de travail, de surcroit éclairées 24h/24, personne. C’est la ruine assurée de mon activité ! »

Tino Aguilar – Entraineur de chevaux de course à Cesset à 1 000 m des machines.

« Mes vaches se trouvent à 800 mètres du projet parc éolien de Bransat. Comme c’est déjà arrivé en France chez d’autres agriculteurs, ne risquent-elles pas de subir les nuisances des éoliennes, entrainant pour elles un stress permanent ? »

David Payant – Éleveur bovin à Cesset

La fédération des chasseurs de l’Allier voit tous ces projets comme une menace pour notre territoire.

« D’une manière générale, les chasseurs ne sont guère favorables à l’éolien Pour différentes raisons dont les plus importantes sont la dangerosité avérée pour les oiseaux et la destruction non seulement des paysages mais aussi des habitats et des territoires de chasse. Dans le cas particulier du projet de Bransat, les chasseurs sont vent debout. Le site retenu abrite de nombreuses espèces protégées et en plus il est au beau milieu d’un couloir de migration important. Les multiples  recours juridiques qui ont tous donné raison aux riverains jusqu’alors ne sauraient avoir cours indéfiniment sans porter atteinte gravement à la volonté des populations locales qui se sont toujours exprimé clairement sur leur refus de voir s’implanter ces éoliennes mastodontes sur leur territoire. »

Jean-Pierre Gaillard – Président de la Fédération des Chasseurs de l’Allier

Les professionnels du tourisme redoutent particulièrement un développement anarchique de l’éolien dans notre département.

« Je suis convaincu que ces installations n’ont pas leur place sur notre territoire. Nous sommes situés dans une des zones les moins ventées de France, ce qui nécessite des éoliennes de plus de 200 mètres de hauteur, soit les deux tiers de la tour Eiffel. On peut imaginer l’impact que cela aurait sur tout ce que les générations précédentes nous ont légué: le bocage, le patrimoine bâti que des visiteurs viennent découvrir, ainsi que sur la biodiversité et l’immobilier. »

Arnaud Bennet – PDG du parc de loisir le PAL

De nombreux habitants ayant conscience de la dépréciation de leurs biens immobiliers et d’éventuels risques pour leur santé, s’insurgent contre ce projet, porté par une société allemande Abo Wind, qui ne créera aucun emploi localement.

« En tant qu’agent immobilier Je suis intervenu sur des transactions à proximité du parc de la Chapelle au Mans (71) où la décote des biens a atteint 40%. La simple présence d’un projet suffit à faire perdre de la valeur à l’immobilier. La perte intervient bien avant l’installation des machines. »

Olivier Raffin – Agent immobilier Moulins/Gueugnon

D’ailleurs la justice administrative reconnaît le syndrome éolien. En juillet 2021, la Cour d’appel de Toulouse reconnait qu’un parc éolien a rendu malade un couple de Tarnais et condamne l’exploitant à lui verser 128 000 € de dédommagement. Plus récemment en mars 2024, la cour d’appel de Rennes condamne la société FP Lux Wind à verser plus de 700 000 € à treize riverains. En cause : des nuisances et une dépréciation immobilière.

Appel à l’action

N’attendons pas d’avoir les nuisances pour réagir. L’enquête publique du projet éolien de Bransat se déroule jusqu’au 5 juillet 2024. Si personne ne se mobilise, nous aurons des éoliennes les plus hautes en France : 200 mètres avec toutes les nuisances qui les accompagnent.

Agissons ! Faites part de vos observations aux commissaires enquêteurs ! Vous pouvez vous exprimer selon les méthodes suivantes :

Les membres de la commission d’enquête se tiendront à la disposition du public pour recevoir les observations orales ou écrites, aux lieux, dates et horaires suivants :

  • à la mairie de Louchy-Montfand : Lundi 10 juin 2024, de 14 h à 17 h
  • à la mairie de Monestier : Mardi 11 juin 2024, de 14 h à 17 h
  • À la mairie de Monétay-sur-Allier : Jeudi 20 juin 2024, de 9 h à 12 h
  • À la mairie de Saulcet : Vendredi 21 juin 2024, de 9 h à 12 h
  • À la mairie de Tréban : Lundi 24 juin 2024, de 9 h à 12 h
  • À la mairie de Meillard : Mardi 25 juin 2024, de 9 h à 12 h
  • À la mairie de Verneuil-en-Bourbonnais : Jeudi 27 juin 2024, de 14 h à 17 h
  • À la mairie de Voussac : Vendredi 28 juin 2024, de 9 h à 12 h
  • À la mairie de Contigny : Lundi 1er juillet 2024, de 14 h 30 à 17 h 30
  • À la mairie de Chareil-Cintrat : Mardi 2 juillet 2024, de 15 h 30 à 18 h 30
  • À la mairie de Montord : Mercredi 3 juillet 2024, de 14 h 30 à 17 h
  • À la mairie de Bransat : Vendredi 5 juillet 2024, de 13 h 30 à 16 h 30

Comptant sur le soutien de tous pour préserver notre territoire.


Projet de Bransat : une histoire sans fin

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